La
communauté eudiste de Paris conserve précieusement depuis 1958 un portrait de
saint Jean Eudes attribué à Jean Le Blond. Reproduit en divers formats, il est
maintenant assez bien connu. Les circonstances de sa découverte le sont moins.
Cette note voudrait la faire connaître. À plusieurs reprises le P. du Chesnay,
eudiste, écrit qu'il compte faire une étude sur le tableau (1959,1960...). L'a-t-il
faite ? Il n'en reste pas de trace, à ma connaissance. D'après le fonds "du
Chesnay" conservé aux archives des Eudistes à Paris, on peut établir ce qui
suit. Histoire
de la découverte par les Eudistes en décembre 1958.
Le 5 décembre 1958, Maurice BOUTHIAUX, de Tours,
écrit au "Père Supérieur des Pères Eudistes" de la rue Jean-Dolent à
Paris : "Je viens de découvrir chez un antiquaire de Tours, où je suis
professeur à l'école st-Grégoire, un portrait authentique de saint Jean Eudes,
daté de 1673, aetatis suae (sic) 72,
sur toile format 60 cm x 80 cm environ, prix 9500 que j'ai fait baisser à 8000.
Il me semble que ce tableau doit vous intéresser grandement. Vous voudrez bien
vous mettre en relation avec M. Claude MARCHAND, antiquaire, 58 rue de la Scellerie,
à Tours." Cette carte postale précise donc certains points.
Que n'a-t-on pas dit ou écrit? La toile n'était pas chez un brocanteur, mais chez
un antiquaire ; elle n'était pas exposée sous le nom de saint Vincent de Paul,
mais sous celui de saint Jean Eudes ; on n'avait pas usé de ruses de Sioux pour
faire l'acquisition de ce tableau, face à un brocanteur ignorant. Tout est eaucoup
plus simple. Le supérieur, le P. Englehard, avertit le P; du Chesnay,
archiviste, qui, dès le 6 décembre remercie M. Bouthiaux, écrit à M. Marchand
et leur annonce sa visite à Tours dans la matinée du 15 décembre. Voici ce qu'il
écrit à M. Marchand, l'antiquaire : "Je viens de recevoir une lettre
de M. Berthiaux (sic)... qui me fait part d'une découverte qu'il a faite dans
votre magasin, un tableau représentant le Père Eudes en 1673, que vous vendriez
8000 F... Aussi au-je l'intention de passer chez vous et de faire l'acquisition
de votre tableau (...) Le 15 décembre (...) je compte arriver par le train de
10 h 31 et me rendre aussitôt rue de la Scellerie". Il
vaut la peine, semble-et-il, de reproduire la note manuscrite du P. du Chesnay
à ce sujet: "Tableau du P. Eudes à Tours (Le Blond). Le 15 décembre
M. Bouthiaux m'attendait à la gare. Il m'a conduit chez M. Marchand. Celui-ci,
après quelques minutes de conversation, sans aucun marchandage de ma part m'a
dit : "Eh! bien, puisque ce tableau retourne dans une congrégation religieuse,
ce sera 5000 F". Je suis parti avec mon tableau (...) Programme prévu réalisé
de point en point, avec des avantages imprévus : un guide dans Tours et un antiquaire
désintéressé... Paris le 18 décembre 1958". Signé C. du Chesnay.
Aussitôt acquis, le tableau fait l'objet d'une "restauration" (lettre
en date du 21.02.59) ou plutôt d'un nettoyage, semble-t-il. Avant 1980, l'atelier
de madame Lefébure, à Paris, procède à un second nettoyage : elle estime que l'attribution
à Jean Le Blond est très probable. Sur la valeur du tableau, l'opinion
du P. du Chesnay a évolué. Le 14 décembre 1958, il écrit au Père Arragain : "J'ai
rapporté une vieille peinture du P. Eudes (fin XVIIè ou début XVIIIè ; c'est une
copie du Le Blond d'où procèdent les tableaux de Chevilly, de Coutances, et de
la Bibliothèque de Caen." Le 21 février 1959, il écrit au Père
Myatt, eudiste canadien éditeur des Selected Works : "S'il n'est pas
de la main de Jean Le Blond, c'est au moins une excellente copie : les connaisseurs
qui l'ont examiné sont de cet avis". Le 17 février 1960, à
M. d'Ymouville, de Caen : "Votre appréciation sur les qualités relatives
des trois tableaux attribués à Le Blond (Caen, Chevilly et Tours) est aussi celle
de M. Boris Lossky, le conservateur du Musée de Tours, qui est aussi un excellent
critique d'art : lorsqu'il a vu les reproductions des trois tableaux (...) il
n'a pas hésité à donner la palme à Tours. Eloge désintéressé, puisque le tableau,
trouvé à Tours chez un antiquaire, n'a pas pris le chemin du Musée ; appréciation
intéressante car Jean Le Blond n'est pas un inconnu pour M. Lossky, auteur d'une
importante étude sur "Jean-Baptiste-Alexandre LE BLOND, architecte de Pierre
le Grand, son œuvre en France". Or, ce Jean-Baptiste-Alexandre, c'est le
fils de Jean"

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